Article de L'OBS Le Plus  : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1455912-decrochage-scolaire-j-ai-failli-arreter-l-ecole-je-ne-regrette-pas-d-avoir-persevere.html

Propos recueillis par Louise Auvitu

LE PLUS. Même si les élèves en décrochage scolaire sont de moins en moins nombreux, chaque année, ils sont près de 110.000 à quitter les bancs de l’école. En troisième, Mélissa ne supportait plus son collège et a envisagé de le quitter pour prendre des cours par correspondance. Grâce à l’intervention de l’association Energie Jeunes, elle a retrouvé sa motivation. Aujourd’hui, à 17 ans, elle est en terminale.

J’ai toujours été une assez bonne élève. Si j’ai failli arrêter l’école, c’est pour une toute autre raison.

Je me souviens qu’en 5e, l’association Énergie Jeunes avait fait une intervention de prévention contre le décrochage scolaire. J’avais écouté leur discours avec intérêt, mais à l’époque, je ne me sentais pas vraiment concernée.

 En 3e, la situation a changé.

 

Harcelée, j’ai perdu toute motivation

 

Il y a deux ans, alors que j’étais en classe de 3e, je n’avais qu’une seule idée en tête : avoir la mention "très bien" au brevet. Mais au fil des mois, ma motivation s’est effritée.

 Quelques filles du collège me rendaient la vie dure. Quasiment tous les jours, j’avais le droit à mon lot d’insultes et de menaces. Elle me rabaissait systématiquement :

 "Fais pas ta grande", "On va te taper", "T’es nulle", etc.

J’ai alors commencé à ne plus être attentive en cours, j’avais perdu toute envie de travailler. Chaque matin, je me levais avec la boule au ventre. Me rendre au collège était devenu une vraie épreuve. Oui, j’avais peur.

 

J’ai envisagé d’arrêter l’école

 Très vite, j’en ai parlé à mes parents qui ont été très compréhensifs. Ils ont enchaïné les rendez-vous avec le proviseur, le conseiller d’orientation et quelques professeurs. Ils sont même allés directement parler aux parents des enfants qui me harcelaient. Ça calmait les choses un temps, mais tout reprenait de plus belle deux semaines plus tard.

 J’avais le sentiment d’être dans une spirale infernale. J’étais persuadée que ça ne s’arrêterait jamais, alors j’ai commencé à me dire que tout serait plus simple si j’arrêtais l’école classique et que je prenais des cours par correspondance.

 De toute façon, c’était foutu pour la mention, pour les notes. J’étais convaincue que je n’arriverais à rien et que je finirais par décrocher.

 

La clef, c’est de persévérer

 Et puis, Énergie Jeunes a refait une intervention dans ma classe. Cette fois-ci, j’ai eu le sentiment qu’ils parlaient de moi.

 Ils nous ont donné des exemples d’élèves qui avaient eu un parcours difficile et qui avaient, malgré tout, réussi à s’en sortir. Je me souviens qu’ils nous ont parlé de Ryadh Sallem, un homme en chaise roulante qui a réussi à devenir champion de handisport. Ça m’a redonné la motivation dont j’avais besoin. En persévérant, je pouvais y arriver.

 À la fin, ils nous ont distribué des papiers sur lesquels les élèves pouvaient dire ce qu’ils avaient pensé de ce cours. Je les ai simplement remerciés d’être venus. Avec, il y avait aussi un petit carnet sous forme de journal de bord. Dedans, j’ai retrouvé quelques conseils qui m’ont été d’une précieuse aide. À l’intérieur, il y avait cette citation :

 "Plutôt que de se plaindre de ce qu’on n’a pas, il faut exploiter ce qu’on a."

Relire ces petites phrases, ça m’a fait beaucoup de bien.

 

J’ai appris à faire abstraction

 Au fur et à mesure, j’ai repris du poil de la bête. Je ne pensais plus aux insultes ou aux menaces et je me suis focalisée sur le travail. J’ai appris à faire abstraction.

J’ai repensé aux cours par correspondance et je me suis rendu compte que cette option, c’était pour moi un moyen de fuir les problèmes. J’ai eu mon brevet et l’année s’est bien terminée.

 Avec le recul, j’ai réalisé que si je n’ai pas décroché, c’est surtout parce que j’ai été soutenue. Les élèves qui sont en décrochage doivent absolument être accompagnés pour qu’on puisse les aider à trouver un objectif.

 

Cette année, je passe mon bac

 Pour moi, le lycée a été une vraie révélation. On nous demandait d’être autonomes, plus matures. Je m’y suis immédiatement plu, surtout que les élèves qui me harcelaient n’étaient plus dans la même classe que moi.

 Aujourd’hui, j’ai 17 ans, je suis en terminale et je prépare mon bac pour la fin de l’année. Je veux devenir ingénieur en bio-technologie. Il y a deux ans, j’aurais eu du mal à m’en persuader, mais maintenant, je me donne les moyens d’y arriver. Je reste positive.

Propos recueillis par Louise Auvitu