Joëlle Proust : « Un cours de psychologie a changé ma vie »
18/03/2025
Philosophe et psychologue, Directrice de Recherche Émérite à l’Ecole Normale Supérieure, membre du Conseil scientifique de l’Education Nationale, membre du Comité Scientifique d’Energie Jeunes, depuis 2005 l’essentiel de travaux de Joëlle Proust sont consacrés à la métacognition, c’est-à-dire aux aptitudes liées au contrôle et au suivi de sa propre activité cognitive, qu’il s’agisse de perception, de mémoire, de raisonnement ou de résolution de problème.
Quel type d’élève étiez-vous ?
Je suis toujours allée à l’école avec plaisir, mais le sport et la vie associative occupaient aussi une grande place dans ma vie. Peu confiante dans mes capacités, j’ai choisi la filière littéraire en première. J’ai beaucoup regretté ce choix par la suite.
Est-ce que quelqu’un ou quelque chose a été un « déclic » dans votre scolarité ?
Un cours de psychologie sur la théorie de l’information, suivi durant mes années de licence de philosophie, a changé ma vie. J’ai alors compris qu’on ne pouvait pas faire de la philosophie sans comprendre les principes de base de l’apprentissage. Ce déclic m’a conduite, ultérieurement, à participer à des travaux expérimentaux en sciences cognitives, puis à diriger des projets de recherche interdisciplinaires.
Pourriez-vous décrire l’objet de vos recherches ?
Mes travaux concernent l’évaluation de ses propres capacités cognitives, c’est à dire, la métacognition. Les expérimentations effectuées dans ce domaine montrent que les décisions que l’on prend pour s’engager dans une activité de connaissance dépendent à la fois des sentiments éprouvés dans l’activité et des représentations que l’on a de ses compétences.
En quoi ces recherches peuvent-elles aider les élèves ?
Prendre en compte les ressentis métacognitifs des élèves, tels que le degré de confiance ou de sentiment d’efficacité, permet de déplacer le sens donné aux activités scolaires. Sur quoi dois-je apprendre à raisonner ? Quels sont les outils qui me sont offerts à l’école ? Quels obstacles ai-je personnellement à surmonter ? Pour répondre à ces questions les élèves puisent dans leur expérience et les représentations partagées avec leurs pairs et leurs parents (par exemple : « je suis une fille », donc…). Enrichir leurs expériences positives par une pédagogie active, démonter leurs représentations négatives d’eux-mêmes, permettent de modifier en profondeur la perception qu’ont les élèves d’eux-mêmes et de leur temps scolaire.
Pourquoi vous être engagé(e) auprès d’Énergie Jeunes ?
Depuis 2009, les interventions d’Energie Jeunes visent à aider les élèves les plus vulnérables à se poser les « bonnes » questions : celles qui vont leur permettre de prendre conscience de leur potentiel scolaire, et de donner un sens positif à leur présence à l’école. Engagée en 2017 auprès d’Energie Jeunes en vue de lutter, à mon humble niveau, contre les inégalités scolaires, j’ai trouvé une équipe motivée, toujours en recherche d’outils plus efficaces.
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